Village et origines

Une légende tenace a longtemps fait croire que le nom de "Mucegros" venait du roi Louis VI dit "Le Gros" (1081-1137) en guerre contre le roi anglais Henri 1er dit Beauclair qui après sa défaite à la bataille de Brémules en 1119, erra quelques temps dans les bois pour ce mucher (cacher) d'où le nom de "Mucegros" (mucher le gros).
Cette légende est bien fantaisiste puisqu'on trouve déjà en 1066 un Roger de Mussegros, seigneur du cru, faisant parti des hommes qui ont accompagné Guillaume le Conquérant lors de l'invasion de l'Angleterre à la bataille d'Hasting. Dans l'église de Dives sur Mer (calvados) une plaque est apposée faisant mention de tous les seigneurs qui ont participé à cette bataille. Il y figure à la 418ème place.
On trouve également :
1170 : Mathieu de Mussegros
1210 : Jean de Mussegros qui possédait la moitié du village de Saint Denis le Ferment et une autre moitié du village d'Amécourt
1232 : Robert II de Mussegros qui assistait à des assises aux Andelys et Agathe de Mussegros qui faisait une aumône à la collégiale de cette ville
1252 : Henri de Mussegros


Placé sous la protection de Saint Prix


La paroisse de Mussegros est placé sous la protection de Saint Prix (Evêque de Clermont et martyrisé en 676).
Devant l’actuel Ferme de Saint Prix, se trouvait l’église et le cimetière de 972 m² aujourd’hui disparu.
Par faute d’entretien, l’église fut fermée en 1793 pour cause de péril et vendue aux enchères publiques tout comme le cimetière le 20 aout 1827. La cloche sera gardée par la fabrique de la collégiale d’Ecouis. Elle ira par la suite rejoindre la fonte du bourdon (cloche sonnant dans l’octave 2) de la collégiale pour lui donner plus de poids. C’est l’actuel bourdon « Jean-Baptiste ».
Il est fort probable que le christ en bois installée dans la chapelle « Immaculée Conception » de la collégiale d’Ecouis provienne de l’ancienne Église de Saint-Prix. Après la vente de l’église, il part à la Chapelle de Saint Jean de Frenelles où il y restera environ 130 ans avant qu’un généreux donateur, M. Dessuslamare, propriétaire de ladite chapelle n’en face don à la collégiale en 1959.

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Le château


Le domaine de Mussegros appartenait à Philippe-Emmanuel de Gondi (1581-1662) qui le vendit à Maître Charles Paviot, Conseiller du Roy, Procureur Général de la chambre des comptes de Normandie. L'année de la vente reste incertaine mais on trouve le nom de Charles Paviot sur un testament en date du 28 avril 1670 dans lequel il figure en qualité de seigneur-patron de Mussegros.
Le château fut construit au XVIII° siècle, avant le 20 juin 1734 puisqu'un acte notarié donne autorisation, par la fabrique de Boisemont, à Nicolas de Frémont d'Auneuil de faire planter une allée de poiriers à haute tige allant du domaine de Corny jusqu'en face du château.On peut apercevoir un soupçon de cette allée à partir de la RD316 à la sortie de Saint Jean de Frenelles. Le dernier poirier a été abattu dans les années 2000. Il avait une hauteur de 5 à 7 mètres et était âgé de 280 ans.
Le grand portail porte la date de 1804. Sur le fronton de la façade du château se trouvent des initiales entrelacées : un "B" et un "S".
Dans la demeure, une peinture murale assez curieuse représente une "vue à vol d'oiseau du château et des environs".
Dans le parc, aux belles allées de tilleuls, on peut voir quatre socles de statues. Celles-ci évoquaient les quatre éléments : l'eau, la terre, l'air et le feu. Après la libération du village en août 1944, les américains séjournèrent quelques temps au château. Après leur départ, des objets d'art, tableaux et statues avaient disparus. A l'époque, le propriétaire du domaine, Monsieur Henry Crété de Palluel a parlé de ces disparitions à son entourage (Ceci a été conté par un Monsieur Paul Bercheux, voisin du baron et grand oncle d'un habitant d'Ecouis). Ces statues furent vendues au Métropolitan Muséum de New-York où elles sont encore visibles.

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LA FAMILLE MATHÉUS


Le comte Jean-Michel-Eugène Mathéus achète le château à Christophe-Louis de Frémont, marquis de Rosay qui le tenait par son mariage avec sa cousine Charlotte-Renée-Aglée de Frémont, héritière de la famille Paviot.
Le comte Mathéus eut un fils prénommé Eugène-Auguste-Frédéric, né à Mussegros le 20 juillet 1846. Il se marie le 15 juillet 1875 avec Eugénie-Louise-Irène Colonna-Waleski, petite fille de Napoléon 1er.
De ce mariage est né le 13 juin 1878, Louis-Napoléon. Pendant la guerre 14-18, Louis-Napoléon est capitaine au 29ème Régiment des Dragons. Il est tué le 29 septembre 1915 à Souains dans la Marne.
La famille Mathéus a fait de nombreux legs pour réparer la collégiale. La plus petite cloche de l'église (800 kg) eu en 1880 pour parrain et marraine le Comte et la Comtesse Mathéus. Les prénoms d'Eugénie-Irénée y sont gravés. Il est à noter qu'en cas de refont, des inscriptions similaires devront être de nouveau gravées.
On peut voir dans le cimetière d'Ecouis une chapelle au nom de Mathéus.


LA FAMILLE CRETÉ DE PALLUEL


Après le Comte Mathéus, la famille Crété de Palluel devient propriétaire du château au début des années 1920.
A la mort de Monsieur Hubert Crété de Palluel (fils de Henry) en 2014, le château fut vendu à un homme d'affaires chinois, Monsieur Jian-Ping Ji. Deux années plus tard, il le revendait à Monsieur et Madame Mullaert.
Le château est privé. Il ne se visite pas.


DES CHOUANS EN NORMANDIE !


Le château connu une anecdote peu commune. 
Trois frères normands, Armand, Edouard et Augustin Gaillard (connu sous le pseudo de Raoul Gaillard) incarnèrent l'âme d'une contre révolution qui, avec le soutien de l'Angleterre, avait comme projet de renverser le premier consul Napoléon Bonaparte.
Alors que le propriétaire du Domaine de l'époque était un fervent "bonapartiste", le château servit de cache d'armes aux royalistes. En effet, Raoul Gaillard, chef des royalistes pour la région du Vexin et Pays de Bray, avait un dépot d'armes au sein du Domaine de Mussegros, qui était régi par un nommé Gouyon.
Lorsque Raoul Gaillard venait inspecter son armement, il lui arrivait de manger avec la garnison républicaine qui était cantonnée au château. Les hommes de la garnison ne se doutèrent jamais qu'ils mangeaient avec un opposant à Bonaparte.
Armand et Raoul Gaillard furent arrêtés par les gendarmes le 26 mars 1804 à Mériel, près de l'Isle-Adam en tentant de travers l'Oise (la rivière). Au cours de l'altercation, Raoul Gaillard fut mortellement blessé et transféré à l'hôpital de Pontoise où il décèda le 31 mars 1804 (10 germinal an XII).


(Auteurs : M. et Mme WIART)

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